DOSSIER D'ENQUÊTE : L'IMPOSTURE DU "BIEN-ÊTRE" ET LE DÉLITEMENT DU SERMENT
Introduction
Le contrat social entre le médecin et la nation est rompu. En 2026, la médecine libérale en France n'est plus une vocation de service public, mais une industrie de services à la carte. Entre la désertification dermatologique, la marchandisation de l'esthétique et l'inertie d'un Conseil de l'Ordre devenu corporatiste, le patient n'est plus un citoyen à soigner, mais une variable d'ajustement budgétaire..

PARTIE I : LA DERMATOLOGIE EN FAILLITE ORGANISÉE
Le constat est sans appel : pour se soigner, il faut être riche ; pour paraître, il suffit d'être solvable.
La dermatologie est devenue le symbole de la "médecine à deux vitesses"
D'un côté, une dermatologie médicale saturée, de l'autre, une dermatologie esthétique lucrative et accessible.
1. Le désert dermatologique : Les chiffres du naufrage*
La démographie médicale en dermatologie est en souffrance, non pas par manque de vocations, mais par une érosion du nombre de praticiens actifs.
La chute des effectifs : La France compte aujourd'hui environ 2 900 dermatologues en activité, contre plus de 4 000 il y a une quinzaine d'années. Cette perte de plus de 1 000 spécialistes a créé des zones entières où le diagnostic de pathologie cutanée est devenu un parcours du combattant.
Les délais d'attente : Le délai moyen pour une consultation est officiellement d'environ 95 jours, un chiffre souvent bien plus élevé (parfois 6 à 9 mois) dans les zones rurales ou les déserts médicaux. Pour un mélanome — où chaque semaine compte — ce délai est potentiellement létal.
2. Le basculement vers l'esthétique : Un choix de carrière rationnelLe virage vers l'esthétique n'est pas qu'une simple "préférence" des médecins, c'est une transformation du modèle économique de la spécialité.
La lucrativité : Le marché de la médecine esthétique en France pèse plus de 3 milliards d'euros. Un acte d'injection d'acide hyaluronique ou de Botox est rémunéré selon des tarifs libres, sans les contraintes de la nomenclature de l'Assurance Maladie.
La charge mentale : La dermatologie médicale est épuisante : elle impose une cadence infernale avec des actes très peu valorisés par la Sécurité sociale. À l'inverse, l'esthétique offre des conditions de travail souvent jugées plus sereines, sans urgences vitales et avec une patientèle solvable.
La réalité statistique : Bien que les syndicats (comme le SNDV) affirment que l'esthétique représente "moins de 10 %" de l'activité globale, ce chiffre cache des disparités massives. Dans de nombreux cabinets urbains, les créneaux dédiés aux actes esthétiques ont pris le pas sur les consultations de dépistage.

PARTIE II : L'ORDRE DES MÉDECINS, UN "ÉTAT DANS L'ÉTAT" OBSOLÈTE
L'Ordre, censé garantir la déontologie, est devenu le bouclier des privilèges.
Le mythe de l'auto-discipline : Comment une institution peut-elle être juge et partie ? L'Ordre protège ses membres avant de protéger les patients.
La trahison de 2012 : La fin des gardes obligatoires a sonné le glas du médecin-soldat. Le passage au volontariat a transformé la "permanence des soins" en une option facultative, souvent traitée par le mépris des instances ordinales.
La dissolution du CDOM75 : Un précédent historique qui prouve que l'Ordre n'est plus au-dessus des lois de la République.
Existe-t-il une obligation de soigner ?
Le Code de déontologie : L'article R. 4127-7 du Code de la santé publique stipule que le médecin doit toujours apporter son concours à l'action entreprise par les autorités pour la protection de la santé publique. Cependant, il n'existe pas d'obligation légale contraignant un dermatologue à maintenir un quota de consultations médicales par rapport à ses actes esthétiques.
La liberté d'installation et de pratique : Un médecin est libre de choisir son orientation d'activité. L'Ordre des médecins n'a pas le pouvoir de "flécher" le temps de travail d'un praticien vers le diagnostic de mélanomes plutôt que vers le rajeunissement facial, tant que les actes sont pratiqués selon les règles de l'art.
Le débat politique : Une pétition déposée à l'Assemblée nationale en 2025 (n°3694) réclamait justement une régulation, suggérant une taxation punitive sur les activités esthétiques pratiquées au détriment de la prévention. Cette proposition témoigne du malaise croissant face à ce qui est perçu comme une "désertion" des médecins spécialistes.

PARTIE III :💡 L'angle d'attaque pour INFOSIA-GEM
la marchandisation du visage au détriment de la survie.
"Le système médical français tolère une anomalie : le diplôme d'État de dermatologue est financé par la collectivité pour former des experts du diagnostic cutané, mais rien ne garantit que ce diplôme serve effectivement à la santé publique. En 2026, il est plus facile de se faire injecter de l'acide hyaluronique en 48 heures que d'obtenir un rendez-vous pour faire examiner un grain de beauté suspect. Le dermatologue est devenu, malgré lui, le premier praticien du marché de la vanité, alors que le patient atteint de carcinome, lui, n'a que son numéro de téléphone et sa patience."
CONCLUSION : POUR UNE MÉDECINE DE LA VIE
Le serment d'Hippocrate ne peut pas être un paravent pour l'évasion fiscale ou le confort personnel. Le "sous-marinier" qu'est le médecin ne peut pas réclamer une île confortable alors que le navire sombre. Il est temps de démanteler ce qui doit l'être pour sauver ce qui reste de la vocation médicale.
Olivier Ferrand
⚠️ ÉDITO : DÉSERTIFICATION MÉDICALE OU MARCHANDISATION DE LA VANITÉ
Le contrat social rompu
Le dermatologue est diplômé par l'État. Sa formation, longue et coûteuse, est financée par les impôts des Français pour assurer une mission de santé publique : dépister, prévenir, soigner.
En 2026, cette mission est bafouée. Lorsque le "temps médical" est alloué en priorité aux demandes esthétiques pour des raisons de rentabilité, nous ne sommes plus face à une médecine de soin, mais face à une gestion de clientèle. Le patient atteint d'un mélanome précoce, lui, ne dispose pas de la "solvabilité esthétique" nécessaire pour obtenir un rendez-vous rapide.
La Loi INFOSIA-GEM : Nos exigences
Il est temps d'exiger une réforme de fond :
Désolidarisation des diplômes : Si un praticien souhaite se consacrer à 100% à l'esthétique lucrative, il doit pouvoir le faire, mais il doit alors renoncer au remboursement de ses actes médicaux par la Sécurité sociale pour ses autres patients. On ne peut pas être un médecin libéral "à la carte".
Quotat d'intérêt général : Rendre obligatoire, sous peine de sanctions ordinales, un nombre minimal de consultations de dépistage médical annuel pour maintenir son autorisation d'exercer des actes esthétiques rémunérés.
Transparence des agendas : Créer une plateforme nationale où les patients pourraient vérifier en temps réel le taux de rotation "médical vs esthétique" des cabinets, afin d'orienter les flux vers ceux qui portent encore le serment d'Hippocrate comme une priorité.